La Conférence Régionale de la  Santé et de l’Autonomie (CRSA) + Les 12 Conseils Territoriaux de Santé (CTS) de Nouvelle-Aquitaine

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Retour sur actions

[À la rencontre de…] Didier Lapègue – CTS 17

Extrait de la Newsletter 1 CRSA/CTS Nouvelle-Aquitaine | Octobre – décembrE 2024

CTS en action : cycle de conférences « la santé en questions »

Le Conseil Territorial de Santé de la Charente Maritime (CTS 17) met en place tous les 2 mois ½ une conférence sur une thématique de santé, le 4ème jeudi du mois, à 18h30. Ces conférences sont ouvertes au public, gratuites, interactives, visualisables en live ou différé sur la chaine YouTube de l’ARS et traitent de différents sujets en lien avec la prévention. Différents thèmes ont jusqu’à présent été traités : les écrans, les allergies, les moustiques, l’alimentation, le sport & le sommeil, les perturbateurs endocriniens.

Retour sur un échange réalisé en septembre 2024 avec Didier Lapègue du Conseil Territorial de Santé de Charente-Maritime.

Pourriez-vous vous présenter, votre parcours, faire le lien avec le CTS 17 ? D’ailleurs, comment y êtes-vous arrivé ?

Ancien médecin généraliste (MG), j’ai un parcours particulier allant d’installations hyper rurales à ultra-citadines. J’ai de fait une vision des différents types d’implication d’un MG et de l’accès aux soins. Je suis issu de cette génération dans lequel beaucoup de professionnels ont été formés dans l’idée que la médecine générale se perdait, rencontrait des difficultés pour s’exercer. Pendant ma carrière, j’ai vu ce métier se revaloriser dans l’image et dans sa place dans la société. Aujourd’hui, on parle d’ailleurs essentiellement de la médecine généraliste au contraire d’une époque il était surtout question de spécialistes. Pour autant, en parallèle, les difficultés d’accès aux soins ont été croissantes. J’ai observé les différences d’exercice de la médecine générale et d’accès aux soins entre les zones rurales et les autres. J’avais un engagement associatif fort notamment sur la question de la fin de vie. On m’a proposé à ce moment-là de devenir représentant des patients auprès des cliniques de La Rochelle pour défendre les intérêts des patients, puis d’entrer au CTS, entre guillemets, par la petite porte : au sein de la commission « expression des usagers » dont j’ai assumé assez vite la présidence. Après quelques années, la mandature du CTS a été renouvelée. J’ai alors décidé de me présenter à sa présidence. Je voyais la situation s’aggraver. 4éme pays au monde à injecter autant d’argent par rapport à notre richesse dans notre système de santé, plus personne aujourd’hui n’ose dire, à la vue des résultats, que nous avons le meilleur système. En assumant la présidence du CTS, je me suis dit que je pourrais à mon petit niveau essayer de faire bouger les choses.

La première action forte a été la mise en place d’un séminaire sur les déserts médicaux. Animé par un journaliste spécialiste de la santé, cette journée proposait des solutions concrètes, impliquant des changements fort de notre système de santé comme la suppression de la liberté d’installation, l’obligation de garde hors cas particuliers, une réflexion sur la rémunération des MG en particulier pour les patients atteints de maladies chroniques. Entre un patient qui consulte une à 2 fois par an et un patient dont il faut suivre plus quotidiennement l’état de santé, les relations avec le MG ne sont pas du tout les mêmes et présupposent d’autres types de rémunérations. Je trouvais aussi très délétère l’écart de formation entre des infirmières (bac +3) et les médecins (bac +10). J’avais déjà été à l’origine d’une tentative de création avec l’IUFM et la faculté de médecine d’Orléans d’une formation complémentaire. Notre séminaire a été excellent avec des intervenants de qualité mais les choses n’ont pas été toujours suivies d’effets.

Comment vous est venu l’idée de ces conférences que vous animez aujourd’hui ?

Ce qui me frappe dans notre système de santé c’est l’absence de prévention. Les médecins sont formés aujourd’hui pour vous soigner mais pas du tout pour éviter la maladie. Or, nos dépenses de santé sont croissantes générant des déficits notamment au niveau de l’assurance maladie avec des résultats en matière de santé qui ne sont pas excellents. Nous risquons de suivre la courbe des États-Unis avec des espérances de vie en bonne santé qui vont décroître. Je partage totalement avec mon directeur départemental d’ARS, Laurent Flamant, cette idée que notre système n’est pas du tout efficace pour éviter les maladies. On a partagé cette idée de départ et on s’est demandé ce que nous pourrions faire à notre échelle pour apporter des éléments simples pour le plus grand nombre. Nous nous sommes rapprochés de l’Université de La Rochelle pour son expertise mais aussi parce que l’on sait que la santé des étudiants n’est pas excellente. J’avais rencontré les responsables de la santé universitaire qui m’avaient confirmé ce point.

L’idée donc de conférences a été de réaliser un modèle court, simple, grand public, auxquelles chacun puisse accéder par les moyens modernes (vidéo). L’université nous a offert un moyen de travail (amphi) et nous nous sommes tournés vers la CRSA et maintenant l’association pour la partie financière. Ce qui nous manque aujourd’hui ce sont des relais efficaces pour informer de ces conférences (comme le Conseil Départemental, les Communauté Professionnelles Territoriales de Santé – CPTS, les Contrats Locaux de Santé – CLS). On s’est rendu compte très vite qu’on avait des tas de sujets à traiter, au moins une vingtaine. On a monté un comité de pilotage. Tous les gens qui ont vu nos vidéos nous disent qu’elles sont en général réussies. Par expérience, 2 intervenants apportent une meilleure dynamique. Pour autant il ne faut pas que l’intervention soit technique, qu’il y ait trop de diapos. Le moment doit être convivial, avec quelques idées fortes et précises, si possible avec un peu d’humour. On a déjà l’idée de les continuer pour une nouvelle saison, pourquoi pas avec d’autres départements. Et pour l’exploitation vidéo, nous pensons pouvoir encore aller plus loin.

Si nous avons choisi ce titre, « La santé en questions », c’est que pour nous, pour faire quelque chose d’efficace, il faut se poser des questions. A la fois pour celui qui élabore son intervention mais aussi que ça permette à celui qui reçoit l’information de se poser ses propres questionnements. Je pense qu’une conférence bien montée c’est le moment ou la personne se dit, à la fin, « et moi, qu’est-ce que je pourrais faire pour moi-même ? ».

Votre bilan aujourd’hui ?

Le format me paraît bien : 1h30, 1h45 c’est suffisant. Peut-être mieux maitriser les interventions et avoir systématiquement deux intervenants pour une meilleure interactivité avec la salle (on rêve d’avoir aussi des questions via la visio). Et dans les deux intervenants, un.e professionnel.le de la santé et un visage local connu. Cela attire toujours plus de monde. Nous aimerions aussi que le projet soit co-porté par d’autres départements (CTS) pour pouvoir mettre en oeuvre 1 conférence par mois diffusable sur l’ensemble de la région. Ça donnerait du rythme. Tous les 2 mois ce n’est pas suffisant. Et ça permettrait également périodiquement de revenir sur des choses fondamentales comme l’alimentation, les écrans, le sport, les moustiques. Si possible au même date (le dernier jeudi du mois). Ce n’est pas non plus très compliqué à monter et nous pouvons être en soutien des CTS qui auraient envie de s’engager. Il faut aussi que l’on s’améliore sur la communication, notamment dans le cadre de l’accès au lien pour les conférences en ligne.